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Nico Moreno : "Je ne veux pas prendre la grosse tête"

Une nouvelle figure de la techno française qui s'exporte

  • Camille-Sarah Lorané
  • 13 July 2020

Nouvel héritier de la techno indus made in France, Nico Moreno enfonce les portes de la scène électronique française avec fracas, aux sons des kicks endiablés. Déjà adoubé par les plus grands, on retrouve déjà ses tracks dans les sets de Charlotte de Witte, Paula Temple et bien d’autres.

Habitué des dancefloors les plus moites de Paris, le DJ normand déchaîne les foules, comme un raz-de-marée dont on ne sort pas indemne. Il délaisse bientôt son travail à Caen pour enfiler la casquette de DJ qu’il ne quitte désormais plus, et semble bien prêt à se frayer un chemin au sein de la scène électronique.

On l'a accueilli avec plaisir en février 2020 lors du premier format de rave de jour de Mixmag, MidiMinuit, où il a présenté en exclu son futur banger pour 999999999 … Au premier drop, la foule est en délire : l’atmosphère moite, les poitrines nues, les bras hissés vers le haut en criant , les barrières prêtent à céder sous la pression d’une foule en ébullition. Un tableau digne d'une peinture épique, où le mouvement des corps s'emballe dans la frénésie sonore.

Nico n’a pas beaucoup de temps – il revient d’Irlande pour un set au Dali. L’interview se fera au téléphone, dans la voiture. Celui que son entourage nous a décrit comme une “pile électrique” confirme son énergie impressionnante dès les premiers échanges.

Comment concilies-tu ton travail et ta carrière de DJ ?

J’arrête en mars de travailler pour la communauté de commune de chez moi. Ça fait plus d’un an que je vis de la musique mais je suis resté, entêté, pour garder les pieds sur terre. C'est fatiguant et compliqué à gérer : je mixe, je dors à l'hôtel, je prends un café, je prends un avion, et je pars au boulot. Je n'ai plus beaucoup de temps pour voir ma famille, mes amis, et ma copine.

Maintenant je peux vivre du DJing et je voyage partout. Avant c’était ma passion maintenant c’est mon travail. On est plus dans la même ambiance. Il faut être pro : j'ai une prestation à assurer.

Au travail, c'est pas du tout le même univers, le contraste est vraiment là, tu viens de voir des centaines de personnes qui sont fans, et au boulot tu tapes un truc sur ton clavier, et tu te dis “Mais qu'est ce que je fous là ? “. Mais ça me permet de garder la tête sur les épaules.

Dans quel cadre produis-tu pour avoir de l'inspiration ?

J'ai besoin d’être au calme, de ne pas être stressé, Caen c’est relax. Je ne pourrais jamais habiter à Paris, je déteste , je me sens oppressé. Je suis un campagnard : j’écoute des musique des 80’s dans ma caisse.

Je produis au feeling, parfois je suis au boulot et je dois sortir et là… tu vas pas me croire, mais je chante dans mon téléphone, a capella. Après je retourne sur mon ordi et je reproduis ça avec mon synthé. Parfois je suis même en train de parler à quelqu’un et j’ai déjà des idées comme ça qui arrivent.

C'est la course tous les jours, et regarde, là, je suis dans ma voiture pour l'interview, je reprends le boulot dans 15 min. C’est un peu un rythme difficile ces dernières années... Je suis impatient d'arrêter de travailler et de m’investir à 100% dans la musique. Il y a un an, je pouvais faire un track toutes les 2 semaines, maintenant c’est un titre tous les mois et demi.

Là je vais sortir un track sur vinyle, c’est plus techno que techno indus. Elle est pas encore finie, je pensais même la jouer pour MidiMinuit. Il faut pas que je la bâcle, même si parfois je joue des pistes pas finies sur scène pour tester auprès du public. Au premier drop, tu sais si le public aime, et je le publie deux mois après.

L'ésthétique de ta musique est sombre, est-ce que ça colle avec ta personnalité ?

J’aime bien cette ambiance dark. Je jouais au Griessmuehle à Berlin, j’adore cette atmosphère, les gens se lâchent. Je n’ai pas encore mis les pieds au Berghain mais j’imagine que c’est la même chose. Un peu comme les Possession d’ailleurs : il n’y a pas de genre, d'âge, les gens se mettent à poil, on s’en fout.

Les gens sont chill, ils viennent pour le son, c’est ce que je recherche. J’aime faire ressentir cette atmosphère dans mes tracks. Mais il faut savoir que je ne sais JAMAIS comment appeler mes tracks. Je peux faire un son en un mois, par contre pour choisir un titre ça va me prendre trois mois.

Tes débuts comme DJ ?

J’ai commencé à 16 ans. J’étais résident dans des clubs généralistes, on passait de la trap, du hip hop. J’aurais pu avoir une bonne place à l’époque dans ce domaine, on m'avait proposé d’être résident pour un gros club à Deauville et posé un ultimatum : “Soit tu fais ta techno avec tes potes, soit tu viens chez nous”. Quand tu bosses dans un club généraliste et que t’es jeune, c’est un peu comme dans tous les domaines, tu te fais exploiter. Mais ça m’a vraiment mis la main sur les platines, ça m’a forgé une oreille musicale.

Puis j’ai commencé par faire une asso techno avec une bande de 7 amis dont Axel Picodot, Robin le DA de Fée Croquer. La techno n’est pas du tout exploitée à Deauville, c’est très bobo, très électro, très trap, et nous on a débarqué et on s’est imposé avec nos soirées techno dans des jardins de villages. On a fait complet à chaque soirée.

Après, j’ai commencé à produire, Axel aussi et nos tracks ont commencé à fonctionner chacun de notre côté, donc on a lâché l’asso pour faire nos carrières. On a fait pas mal de b2b ensemble ensuite.

J’ai créé mon propre label cette année en sortant Insolent Rave Records J’ai ouvert mon label pour faire signer des artistes coup de cœur, pas forcément des artistes qui font la techno que moi je joue, mais des artistes que j’aime écouter. Et j'ai sorti mon EP Purple Widow. Je vais d’ailleurs sortir en vinyle en fin d'année, parce que j’ai énormément de demande pour le format vinyle. Je suis très loin de l’univers du vinyle, je sais pas du tout caler un skeud.

Est-ce que tu produis d’autres styles de musique électronique ?

Je suis un grand amoureux de la techno et je ne pourrais jamais changer de style de musique. J’ai produit un EP style Drumcode sous un autre pseudo qui est dans mon ordi depuis 1 an et demi et que j’ai pas touché. Dès que tu commences à produire des sons qui galopent, plus dansant, plus rythmés, tu ne peux pas faire quelque chose de moins rapide.

Avant je produisais plus de la techno dark, indus pure et dure. Après j’ai l’impression d’avoir été pris dans un mouvement plus commercial. Par exemple ‘Don’t call your mom’ qui a très bien marché, un style de musique différent de ce que je faisais au départ. Finalement ça a bien pris.

Que penses tu de l’évolution du public à considérer l’artiste comme un DJ “roi” ?

J’ai joué dans plusieurs clubs généraux, il n’y a pas vraiment de reconnaissance pour ce que tu joues. Si tu mets la même chose qu’il y a deux semaines, qui passe à la radio, ils sont satisfaits. Alors que quand tu fais de la techno, les gens viennent pour toi, pour tes prods. Les gens sont là pour que tu viennent mixer tes tracks.

On ne peut pas être plus heureux qu’un DJ. Je produis pas pour les gens, je produis pour moi. Si j’aime et que les gens aime, je suis comblé. Il y a toujours des gens qui n'aiment pas, et c’est le but, de ne pas plaire à tout le monde : il faut des critiques, pour s'améliorer et toujours viser plus haut. La mission est de faire en sorte que ces gens là aiment ce que tu fais plus tard, quand tu t’es amélioré, c’est un peu comme la politique.

Que penses-tu du format de la soirée Mixmag, MidiMinuit ?

C’est très très bien, ça va me permettre de me coucher tôt (rires). Dans la scène parisienne, tout le monde se marche dessus, il y a beaucoup de concurrence, ça permet de prendre un créneau pas utilisé par d’autres organisateurs et en plus c’est dans un lieu atypique. Faire le closing ça me va, surtout que le line-up est parfait, parce que parfois je mixe en soirée un peu trop bon air, les gens après moi jouent des beats plus lents que les miens.

En 4 ans tu as été propulsé sur la scène, en quoi ta vie a changé?

Ma vie a complètement changé, je suis obligé arrêter de travailler alors que je voulais garder les pieds sur terre. Depuis que je suis dans ma nouvelle agence Vesuve Booking, j’ai reçu énormément de demandes. Grâce aux artistes tels qu’ Amelie Lens, Charlotte De Witte qui jouent mes tracks, partagent sur leurs réseaux, ça me fait une pub de dingue.

Ça marche au bouche à oreille. Avant j'avais que trois ou quatre dates par mois, aujourd’hui je fais des dates en France et encore plus à l'étranger.

Des projets en ligne de mire ?

Pourquoi pas partir dans quelques années à l’étranger avec ma copine, en Belgique par exemple : j’ai eu un coup de cœur pour Anvers où je suis résident au club Vaag.
Je veux aussi signer plein d'artistes sur mon label, et j'aimerais avoir ma propre marque de fringues.

Si dans cinq ans je suis encore là, c’est que c’est ma destinée, mais sinon j'aurais profité et goûté à la vie de DJ, donné du plaisir à tout le monde. Je ne veux pas prendre la grosse tête alors que peut être des jeunes vont me dépasser plus tard. Après avoir goûté la célébrité, tu tombes de haut quand tu fais de la musique et que tu dois retourner travailler.

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